jeudi, juillet 16, 2009
mercredi, juillet 15, 2009
Sexualité, créativité et perception

" Pour que la conscience se transforme à l'intérieur de nous en créativité, on a besoin de l'énergie fusionnelle de l'amour. L'énergie fusionnelle est absolument partout et nous ne possédons aucun appareil pour porter une énergie comme celle-là en nous, comme nous avons à notre disposition l'énergie créatrice qui fait partie de notre nature sexuelle.
Quand celle-ci pénètre en nous, il s'agit vraiment d'un acte de grâce. De ce point de vue, en l'homme le sexe constitue la racine de notre transformation, mais ce n'est pas la voie elle-même. L'énergie créatrice fait partie de la nature de l'homme et de la femme et permet d'accéder à des perceptions qui sont de grande importance pour notre vie sur cette terre.
[…]
La manière dont les hommes formulent leurs perceptions est dans l'ensemble plus accessible aux femmes et davantage acceptée, alors que les hommes ne sont pas prêts à accepter celles des femmes. Mais les femmes sont souvent impatientes de voir des résultats. Elles trouvent que les hommes n'ont pas l'esprit pratique ou qu'ils ne sont pas réalistes, parce que dans l'ensemble ces perceptions intérieures sont dirigées vers le potentiel d'une situation, et même s'ils perçoivent quelque chose de tout à fait réel, ils oublient néanmoins ce qui est vraiment présent. Tandis que les hommes peuvent négliger cela, les femmes dont les perceptions relèvent du présent, tendent à méconnaître ce qui peut être réalisé dans une situation donnée. C'est une des raisons pour lesquelles les hommes ont besoin des femmes et vice versa. "
John G. Bennett
Sexualité et développement spirituel
Guy Trédaniel Éditeur, 1992
mercredi, juin 24, 2009
Compliments mérités
– " C'est le deuxième compliment que tu me fais aujourd'hui!
– Ah oui? c'est vrai.
– En plus, tu n'as pas l'air d'être du genre à faire souvent des compliments...
– C'est vrai... "
C'est dire si elle mérite ceux que je lui ai fait.
– Ah oui? c'est vrai.
– En plus, tu n'as pas l'air d'être du genre à faire souvent des compliments...
– C'est vrai... "
C'est dire si elle mérite ceux que je lui ai fait.
mardi, juin 23, 2009
Les Délices du pardon
Dans un village de Nouvelle-Ecosse, au temps des pionniers, il y avait une très jeune femme, Yvonne-Marie Née, qui fut surprise en état d'adultère et pour cela condamnée à l'exposition et à l'opprobre publics.
On la porta sur la place du marché, ou elle fut attachée sur une table, les jambes en l'air et la robe retroussée jusqu'à la taille. Ensuite, on lia ses chevilles à deux poteaux, très écartés l'un de l'autre, de sorte que fut montrée sa chair nue ainsi que de la viande à l'étal d'un boucher. Une vieille impotente ayant été commise à la garde des enfants, parqués dans la cour de l'école, tout le village défila, hommes et femmes, l'un derrière l'autre : trois cent soixante-sept au total. Et chacun en passant devant la malheureuse, s'arrêtait, la contemplait un moment puis crachait sur la partie du corps par ou elle avait fauté.
Quand chacun eut ainsi témoigné de son mépris jusqu'à l'avant-dernier du cortège, le mari déshonoré parut à son tour, fermant la marche. On crut que sa vengeance passerait l'imagination et qu'il serait celui qui ferait déborder le vase. Au lieu de quoi, il regarda longuement, les yeux cernés de larmes, son épouse évanouie de honte et son beau ventre noyé sous la bave énorme du village unanime.
Alors il se pencha sur la tendre chair souillée et, lentement, avec sa langue, il la lava de l'ignominie épaisse et gluante. Peu à peu s'éveillant, Yvonne-Marie sortit de son abjection atroce. Puis, Rassérénée, elle sourit, le visage renversé, à la face infinie et bleue du ciel magnanime.
Marcel Mariën
Figures de Poupe, nouvelles
Éditions Jean-Claude Simoën, Paris 1979.
On la porta sur la place du marché, ou elle fut attachée sur une table, les jambes en l'air et la robe retroussée jusqu'à la taille. Ensuite, on lia ses chevilles à deux poteaux, très écartés l'un de l'autre, de sorte que fut montrée sa chair nue ainsi que de la viande à l'étal d'un boucher. Une vieille impotente ayant été commise à la garde des enfants, parqués dans la cour de l'école, tout le village défila, hommes et femmes, l'un derrière l'autre : trois cent soixante-sept au total. Et chacun en passant devant la malheureuse, s'arrêtait, la contemplait un moment puis crachait sur la partie du corps par ou elle avait fauté.
Quand chacun eut ainsi témoigné de son mépris jusqu'à l'avant-dernier du cortège, le mari déshonoré parut à son tour, fermant la marche. On crut que sa vengeance passerait l'imagination et qu'il serait celui qui ferait déborder le vase. Au lieu de quoi, il regarda longuement, les yeux cernés de larmes, son épouse évanouie de honte et son beau ventre noyé sous la bave énorme du village unanime.
Alors il se pencha sur la tendre chair souillée et, lentement, avec sa langue, il la lava de l'ignominie épaisse et gluante. Peu à peu s'éveillant, Yvonne-Marie sortit de son abjection atroce. Puis, Rassérénée, elle sourit, le visage renversé, à la face infinie et bleue du ciel magnanime.
Marcel Mariën
Figures de Poupe, nouvelles
Éditions Jean-Claude Simoën, Paris 1979.
mardi, juin 16, 2009
samedi, juin 06, 2009
détacher
Elle s'en va.
Elle s'est remise à faire un chignon à ses cheveux. Haut perché.
Ça lui va toujours aussi divinement bien.
Elle n'aura rien remarqué chez moi. Un peu détruit.
Elle s'est remise à faire un chignon à ses cheveux. Haut perché.
Ça lui va toujours aussi divinement bien.
Elle n'aura rien remarqué chez moi. Un peu détruit.
lundi, juin 01, 2009
Et la Palme d'or est attribuée... au voleur!!!
Nous sommes le samedi 30 mai 2009 à Paris. Place Vendôme. Soleil radieux. Il est entre 13h30 et 14h00. Vêtu d'un costume et portant un chapeau type borsalino, un homme pénètre dans la boutique du joallier Chopard. Il braque les employés avec une arme de poing. Il se fait remettre les bijoux en vitrine. Pas de violence. Le tout en près de 2 minutes. Et en toute discrétion, sans bruits.
Il repart calmement à pied. Avec 6,6 millions d'Euros de bijoux. Pfuit!...
Petite remarque amusante : depuis une dizaine d'années, le joaillier Chopard est chargé par le Festival de Cannes de fabriquer la Palme d'or.
Bon, ce n'était pas moi. Et j'ai un alibi : je travaillais à cette heure-là.
Je vais chercher mon chapeau. Je l'enfonce sur mon crâne. Je rejoue mentalement la scène. Et je médite un long instant sur ce qu'est l'art. Le grand Art. Et la grâce qui a touché ce voleur.
Chapeau! Vive les voleurs! Vive l'Art!
Il repart calmement à pied. Avec 6,6 millions d'Euros de bijoux. Pfuit!...
Petite remarque amusante : depuis une dizaine d'années, le joaillier Chopard est chargé par le Festival de Cannes de fabriquer la Palme d'or.
Bon, ce n'était pas moi. Et j'ai un alibi : je travaillais à cette heure-là.
Je vais chercher mon chapeau. Je l'enfonce sur mon crâne. Je rejoue mentalement la scène. Et je médite un long instant sur ce qu'est l'art. Le grand Art. Et la grâce qui a touché ce voleur.
Chapeau! Vive les voleurs! Vive l'Art!
jeudi, mai 14, 2009
L
Place Clichy. On s'apprête à traverser Paris pour aller voir un film... sur Paris. Je la vois aller d'un trottoir à l'autre. Le mobile de ses jambes. Le soleil est là. Elle est merveilleusement là, elle. On va prendre le bus. Bus n°81. Non! je l'emmène sur un autre arrêt. Le n°80. Et puis non! finalement le n° 81. Elle joue la fausse impatience. Elle sourit, je souris.
Dans le bus, on se regarde, pour se dire qu'on est bien, là. Je suis en train de l'aimer.
Arrêt précipité à Palais-Royal... pour traverser la Seine. Sur le Pont des Arts... petit passage... rue de Seine. Rue Monsieur le Prince... ses pieds lui font mal, dans ses bottes...
Cinéma.
Un autre jour, j'ai aimé le moment où elle me dit, d'un air désolé, n'avoir "même pas mis de déodorant" ce jour-là. Ni une ni deux, je plonge ma truffe sous son aisselle. Odeur électrique.
Un regard dans les yeux. Ses yeux trempés dans l'eau de rayon.
Plus tard, descente de mon museau à l'eau de son cru :
malin plaisir du milieu salin.
Dans le bus, on se regarde, pour se dire qu'on est bien, là. Je suis en train de l'aimer.
Arrêt précipité à Palais-Royal... pour traverser la Seine. Sur le Pont des Arts... petit passage... rue de Seine. Rue Monsieur le Prince... ses pieds lui font mal, dans ses bottes...
Cinéma.
Un autre jour, j'ai aimé le moment où elle me dit, d'un air désolé, n'avoir "même pas mis de déodorant" ce jour-là. Ni une ni deux, je plonge ma truffe sous son aisselle. Odeur électrique.
Un regard dans les yeux. Ses yeux trempés dans l'eau de rayon.
Plus tard, descente de mon museau à l'eau de son cru :
malin plaisir du milieu salin.
jeudi, avril 30, 2009
«Je t'aime, Louis, je t'aime!»
«Je t'aime, Louis, je t'aime!» s'exalte Lucette.
Louis éclate de rire, vraiment de bon cœur, tant il trouve drôle la petite gueule extasiée de Lucette et la situation : l'enfant a dix-neuf ans et on la dit fort jolie, alors que Louis commence à se déplumer et, malgré la bonne opinion qu'il a de lui-même, entrevoit ses manques. Puis, Louis est fort peu argenté, tandis que Lucette a des parents qui la choient. Il faut ajouter qu'il n'a jamais dit de tendresses à la demoiselle et ne l'a jamais touchée ailleurs qu'à la main.
Donc, Louis éclate d'un rire sans arriere-pensée, et voilà Lucette près des larmes. Heureusement, le rire est un mal qui se gagne et, après quelque défense, Lucette est gagnée.
Une fois apaisée, elle s'étonne :
- Que je me suis amusée ! Ce n'aurait peut-être pas été aussi bon si tu m'avais répondu que tu m'aimais aussi.
Réflexion qui indique chez la jeune fille une consolante estimation des valeurs de la vie.
Louis Scutenaire
Mes inscriptions, 1943-1944
Editions Labor, 1990
Louis éclate de rire, vraiment de bon cœur, tant il trouve drôle la petite gueule extasiée de Lucette et la situation : l'enfant a dix-neuf ans et on la dit fort jolie, alors que Louis commence à se déplumer et, malgré la bonne opinion qu'il a de lui-même, entrevoit ses manques. Puis, Louis est fort peu argenté, tandis que Lucette a des parents qui la choient. Il faut ajouter qu'il n'a jamais dit de tendresses à la demoiselle et ne l'a jamais touchée ailleurs qu'à la main.
Donc, Louis éclate d'un rire sans arriere-pensée, et voilà Lucette près des larmes. Heureusement, le rire est un mal qui se gagne et, après quelque défense, Lucette est gagnée.
Une fois apaisée, elle s'étonne :
- Que je me suis amusée ! Ce n'aurait peut-être pas été aussi bon si tu m'avais répondu que tu m'aimais aussi.
Réflexion qui indique chez la jeune fille une consolante estimation des valeurs de la vie.
Louis Scutenaire
Mes inscriptions, 1943-1944
Editions Labor, 1990
jeudi, avril 23, 2009
dimanche, avril 19, 2009
" Linette "
" Je suis tout aujourd'hui un homme qui vous a, toute une nuit, tenue dans les bras toute nue; et cette nuit était la dernière et elle n'est pas passée, c'est elle qui me tient dans les bras. "
Joë Bousquet
Lettres à une jeune fille
Grasset, 2008
Joë Bousquet
Lettres à une jeune fille
Grasset, 2008
Crois-moi sur silence
Espionne dans la maison de l'amour,
tu es venue demander des mots
pour ne pas les croire.
tu es venue demander des mots
pour ne pas les croire.
lundi, mars 30, 2009
Rapax capitalismus

Dans l'ambrouillamini d'écrans de fumée de la propagande et la danse de commentaires indignés et d'indignations commentées qui se répandent dans les mass medias à propos des dévoreurs du monopoly capitaliste, je me souviens d'un ouvrage dans ma bibliothèque qui pourrait peut-être m'éclairer. Je cherche. Attendez, il est par là. Ça y est! je l'ai retrouvé : Oiseaux de proie. Un guide des éditions Atlas*.
Je commence à lire :
" A certaines périodes, l'attitude de l'homme a été plutôt favorable aux rapaces considérés comme un symbole de liberté, de puissance et de noblesse. A d'autres époques, ces oiseaux étaient perçus comme une menace et, de ce fait, persécutés sans merci." J'écrase une larme. En continuant ma lecture. " Aucune de ces deux attitudes extrêmes ne rend justice aux oiseaux de proie et c'est seulement depuis une période récente qu'ils sont appréciés pour ce qu'ils sont, comme des créatures parfaitement adaptées à leur environnement, souvent d'une grande beauté et dont les comportements sont tout à fait fascinants." Bien adaptés à leur environnement, en effet.
" Au sens le plus large, tout oiseau qui se nourrit d'autres animaux, ne serait-ce qu'un minuscule insecte, peut être considéré comme un oiseau de proie. En réalité, ce terme est plutôt réservé aux oiseaux qui capturent des proies de grande taille par rapport à la leur. […]. [Ils] utilisent […] leur doigts et leurs serres développées. En effet, pour la plupart des espèces, le bec crochu et intimidant sert plutôt à déchirer les chairs qu'à tuer. "
Je continue un peu plus loin sur les spécificités de certaines espèces : " L'épervier d'Europe est appelé Accipiter nisus tandis que l'épervier brun, une espèce voisine du nord de l'Amérique, porte le nom d'Accipiter striatus. " Tiens, pas un mot sur une espèce assez répandue : Accaparer capitalismus. C'est drôle, ça. Bref... je continue.
" [les grands faucons et les accipiters] volent très rapidement pour dépasser leur proie, mais cette vitesse est essentiellement destinée à les placer dans une posture qui leur permet de tuer. […] A ce moment précis, le bassin et les pattes du rapace sont projetés sur la proie, ce qui donne plus de force au coup porté. […] Dans tous les cas, un seul coup est porté, à l'oblique, avec les pattes ouvertes. En principe, il suffit à tuer la proie instantanément. "
Bon, je finis par comprendre un peu mieux ce qui se passe...
Et c'est décidé, je vais prendre modèle sur le président de notre fausse-démocratie (pléonasme de l'époque) qui tente désespérément de cacher son visage de loup sous un masque de mouton parmi le troupeau de ces derniers, et de faire croire qu'il va empêcher qu'on les tonde ou qu'on les emporte se faire dévorer plus loin...
Toujours sur les traces de ce fanfaron-fier-à-bras modèle, je vais monter vers les sommets de la montagne, m'agiter un peu pour attirer ces charmants rapax, en convoquer quelques-uns, en alpaguer un par les plumes du col blanc pour lui demander de franches explications en lui disant les yeux dans les yeux perçants :
— Eh! non mais, c'est quoi cette histoire? qu'est-ce qu'il te prend de faire des ronds dans les airs et fondre sur tes proies pour les déchiqueter sans pitié? Hein! Dis-moi! hein!! Qu'est-ce que t'as à répondre à ça, hein?!!
— Ben... c'est que... euh... Que veux-tu, je ne peux pas m'en empêcher... c'est ma nature qui veut ça...
— ...

* Oiseaux de proie, Philip Burton. Editions Atlas, 1992.

