vendredi, novembre 13, 2009

Cette nuit

Paris. La nuit. Longue bordée à pied pour rejoindre mes pénates. Seul. Rues désertes ou presque. Soudain, la présence réelle, directe, dans le nez et puis dans l'âme d'une odeur de fumée de bois. Quelqu'un se réchauffe dans l'obscurité de son foyer à la flamme ancestrale. Cette odeur, immense, comme une armée. Une armée silencieuse, une force qui m'impose par la conviction ce sentiment profond d'être seul et heureux.

lundi, novembre 09, 2009

" La satisfaction est calme et gaie, une femme bien branlée rit. C'est une Muse. Les vieux garçons, eux, sombrent peu à peu dans la rumination, l'obsession, le kitsch porno, la rage impuissante, le ressentiment trépignannt, le gâtisme, la prostration. Écoutez leur rire idiot, notez leur obstination maniaque. Les vieilles filles, de leur côté, rejouent à la petite fille, elles ont quatre ans, six ans, douze ans, l'univers est devenu un miroir. La moindre pétasse se voit Vénus dans la glace. On ne peut pas ne pas penser à leur touffe inutilisée, là entre leur cuisses maussades. Une touffe. Et encore une. Et encore une. Vieilles touffes, vieilles bites, cirque d'aigreurs. Bavardage, noirceur, fausses gaités débiles.
(...)
Un homme qui, l'air de rien, a dépassé sa mère maniaco-dépressive, sa sœur mélancolique, sa femme acariâtre, ses maitresses et ses filles revendicatives, peut être considéré comme presque sauvé. Longue histoire à travers les siècles. Pour aboutir où? En province, toujours en province, éternellement en province, même dans les mégalopoles les plus peuplées. Rumeurs, ragots, reragots, rerumeurs, c'est comme ça, le social, rien à faire. Envies, jalousies, réenvies et rejalousies, bref, l'ennui, l'éternel retour de l'ennui.

Vous me direz qu'une femme, aujourd'hui, doit aussi se débarrasser de son père humilié ou paranoïaque, de son frère mythomane, de son mari ronchon et radin, de ses amants fuyants et lâches, de ses fils plus ou moins délinquants ou drogués. Vous ajouterez sa mère lourde et le voisinage, et la coupe de l'ennui est pleine, elle va déborder.
A-t-elle une chance de s'en sortir? Pas sûr. Un homme non plus, d'ailleurs, condamné le plus souvent à mourir d'ennui en province. "


Ph. S.
Une vie divine

mercredi, octobre 28, 2009

Rien

— À quoi penses-tu?
— À rien.
— Vraiment?
— Oui, à rien. C'est merveilleux!
— De ne penser à rien?
— Oui.
— Et tu continues à ne penser à rien?
— Absolument.
— Moi aussi finalement, tout en te parlant, je ne pense à rien. C'est merveilleux!
— Oui, tu vois... c'est merveilleux!

lundi, octobre 19, 2009

Le sexe au confessionnal

Le Confessionnal, Clovis Trouille, 1959


Confesseur : Vous êtes la complice de l'acte impur de votre mari, n'est-ce pas? Par exemple, si, après l'excitation, il mettait son membre dans votre vagin et y versait son sperme, vous ne seriez pas coupable, il y aurait seulement une exagération de l'excitation. Par contre, quand il répand sa semence en dehors de votre vagin, comme ça, dans votre bouche, ou ailleurs, et cætera, vous êtes la complice d'un acte impur.

Pénitente : Alors, dois-je me confesser chaque fois que je veux communier?

Confesseur : Bon, bien entendu, si votre mari insiste pour continuer, vous pouvez dire : je ne suis pas d'accord et vous pouvez vous contenter d'être passive et contrainte. Je ne sais pas si vous me comprenez.

Pénitente : Dans ce cas, je n'aurais pas…

Confesseur : …ce ne serait pas votre faute, car vous dites : «Je suis obligée », et vous êtes comme une personne qu'on prive de sa liberté et qui est contrainte. Mais si, par contre... si par contre, vous pouvez éviter ce comportement bestial de la part de votre mari, alors vous déchargez votre conscience.

Pénitente : Mais j'ai peur de lui dire non, j'ai peur qu'il essaie de trouver ailleurs ce qu'il ne trouve pas avec moi.

Confesseur : Je ne crois pas, madame, je ne le crois pas. Ces... choses qui arrivent souvent, ce sont des déviations bestiales, des excès.

Pénitente : Pourquoi bestiales ? C'est-à-dire, je trouve que... c'est aussi un comportement naturel, non ?

Confesseur : Un comportement naturel ? La chose naturelle c'est que le membre reste dans le vagin, il n'est pas naturel qu'il soit dans la bouche. Ceci peut être un acte d'excitation pour les personnes frigides, je ne sais pas, mais il n'est pas... ce n'est pas normal.

Pénitente : Donc, il peut être admis en tant que préparation?

Confesseur : Il peut être admis en tant que préparation. Voilà, il peut être admis en tant que préparation. Donc, tenez-vous dans ces limites. Ce sont quand même des préparations exagérées, mais elles peuvent exister, parce que dans la vie conjugale, il y a beaucoup de moyens pour s'exciter et pour pouvoir accomplir l'acte conjugal et s'aimer réciproquement et d'un commun accord. Mais, il existe un degré exagéré de jouissance, n'est-ce pas, de jouissance physique, que l'on appelle bestialité. Voilà, seulement les bêtes, qui ne sont pas douées de raison, ont de ces moyens. Mais les bêtes sont plus sages, n'est-ce pas, que les hommes... Du courage, du courage. Malheureusement, voyez-vous, nous les confesseurs et vous les pénitents, nous devons parler ensemble de ces choses qui malheureusement, existent et qui nous mettent… mal à l'aise quand on en entend parler. Donc, du courage : essayez de l'influencer le plus possible. Voilà, donc, je vous donne l'absolution.


Norberto Valentini et Clara di Meglio

Le sexe au confessionnal.

traduit de l’italien par Giancarla Arfeuillière

(Flammarion, Paris, 1973)

mercredi, octobre 14, 2009

Sourire

Poids de mon être maussade difficile à porter depuis des jours. Je marche, dans mes pensées. Et puis d'un coup, dans cette ruelle près de la rue Saint-Denis, passant près de deux vieilles et laides prostituées, l'une d'elles me décoche un sourire. Calcul? Douceur gratuite? Je continue, l'âme plus légère.

mardi, octobre 13, 2009

Yannis Ritsos 1909-1990


Yannis Ritsos
(Dessin © Pierre Delgado)

lundi, octobre 12, 2009

L'homme qui rit dans les cimetières

Toujours d'actualité :

« Il n’y a pas d’homme d’esprit en France qui ne se méprise plus ou moins. L’ignominie nationale pèse sur tous les coeurs (car jamais le peuple ne fut méprisé par des maîtres plus méprisables); on a donc besoin de se consoler, et les bons citoyens le font à leur manière. Mais l’homme vil et corrompu, étranger à toutes les idées élevées, se venge de son abjection passée et présente, en contemplant, avec cette volupté ineffable qui n’est connue que de la bassesse, le spectacle de la grandeur humiliée.»
Considérations sur la France, 1796
Joseph de Maistre

"Vil", 10 synonymes : abject, bas, commun, dépravé, ignoble, infâme, méprisable, mesquin, petit, sordide.
"Corrompu", 23 synonymes : abâtardi, acheté, altéré, avarié, débauché, décomposé, déformé, dénaturé, dépravé, détérioré, détourné, dissolu, gangrené, graissé, perverti, pourri, putréfié, soudoyé, suborné, vénal, vendu, véreux, vicié.

Sark... Dégoût qui vient à prononcer ce nom. Lourdeur bovine, mépris des proches des résistants qui essaient tant bien que mal de capter son attention à propos du transfert des corps de deux martyrs jusqu’au mémorial. Vulgarité. Un chef d'oeuvre en la matière.

lundi, septembre 28, 2009

Le roman-photo de notre époque







vendredi, août 28, 2009

Gil Scott-Heron - Gun

Hier, aujourd'hui, demain


Dans le torrent de la rue, les gens.
Ils ouvrent la bouche et des mots en sortent.
Maintenant, dans le ciel, je regarde la lenteur.
Aujourd'hui est déjà l'hier de demain

Bientôt.

Que fais-tu toi, à qui j'ai envoyé des yeux par la poste?
Les yeux marrons que tu as reçu.
Maintenant une expression me traverse l'esprit :
" bander les yeux"...

Encore une délation!

A l'occasion d'une demande de renouvellement de carte bleue, un guichetier de la BNP Paribas a prévenu la police à cause d'un doute existant sur la validité des papiers de Mamdou...
Cet infect dénonciateur, je me demande s'il faut aller lui casser la gueule, ou le fusiller pour l'exemple...
Mais quel exemple? pour la France moisie de ceux qui se lâchent depuis que leur ex-ministre de l'intérieur est président de ce pays?...

  • Un client sans papiers dénoncé par une banque
  • Un sans-papiers dénoncé par sa banque, la BNP Paribas
  • mercredi, août 26, 2009

    Paris...

    Ça y est, c'est fait : je me suis remis aux canassons! Aux chevaux, quoi! Ben oui, au PMU.
    Ça faisait longtemps. Très longtemps.
    Alors pour m'y remettre, j'y vais timidement. Disons, prudemment.
    Je joue au couplé : il faut trouver 2 chevaux parmi les 3 premiers à l'arrivée.

    Résultats?
















    Lundi 17 août 2009
    Prix de Beaune, Trot attelé
    A l'arrivée, dans l'ordre : 12 - 16 - 7 - 9 - 5
    Couplé 16-7 misé 5 fois
    dépense : 7,50 Euros
    Gain : 49,00 Euros
















    Mercredi 19 août 2009
    Prix de Château du Loir, Trot attelé
    A l'arrivée, dans l'ordre : 2 - 9 - 7 - 11 - 14
    Couplé 2-7 misé 5 fois
    Dépense : 7,50 Euros
    Gain : 65,25 Euro
















    Lundi 24 août 2009
    Prix d'Aurillac, Trot attelé
    A l'arrivée, dans l'ordre : 9 - 16 - 14 - 4 - 12
    Couplé 14-16 misé 10 fois
    Dépense 15,00 Euros
    Gain : 112,50

    Voilà.
    Total dépense : 30,00 Euros
    Total gain : 226,75 Euros
    Sachant qu'on peut miser 200 fois un couplé... on croît rêver!...

    vendredi, août 21, 2009

    Matin masculin

    " Mais, maintenant, son érection matinale avait bêtement disparu. Toutes ces choses qu'on est obligé d'accepter dans la vie. L'érection matinale — comme une barre à mine dans la main, un membre qui aurait poussé à un ogre. Existe-t-il une seule autre espèce qui se réveille avec une érection ? Les baleines ? Les chauves-souris ? Un moyen inventé par l'évolution pour rappeler quotidiennement à l'Homo sapiens la raison de son apparition sur terre, des fois qu'il l'oublierait dans la nuit. Si les femmes ne savaient pas ce que c'était, elles en auraient une peur bleue. Impossible de pisser dans la cuvette quand on bandait. Fallait la rabattre avec la main, par force — fallait lui apprendre, comme on apprend la laisse au chien — pour que le jet aille taper dans l'eau et pas au-dessus, dans l'abattant relevé. Quand on s'assoit pour chier, elle est là qui dresse la tête, qui regarde son maître, loyale. Qui attend avec impatience qu'on ait fini de se brosser les dents — « Qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ? ». Rien de plus fidèle dans la vie entière d'un homme que l'insatiable et turgescent désir de l'érection matinale. Aucune fausseté. Aucune simulation. Aucune hypocrisie. Hourra pour cette force de l'univers! La vie humaine avec un grand V! Il faut toute une vie pour connaître les choses qui ont vraiment de l'importance, et quand on les connait, elles disparaissent. Enfin, il faut apprendre à s'adapter. Le seul problème, c'est comment. "

    Le Théâtre de Sabbath
    Philip Roth
    Gallimard, 1997

    samedi, août 15, 2009

    Apparition

    le 15 août 2002, lors d'une procession, cet ange...
    Vite, prendre mon appareil et enregistrer comme on peut cette grâce...